Penser que la religion puisse expliquer le phénomène complexe de la préméditation et du passage à l’acte d’un terroriste est l’une des opinions les plus répandues et les plus fausses de notre époque. Car même si la religion peut expliquer quelque chose de ce comportement, ce qu’elle permet d’expliquer est tellement minime et insignifiant qu’il ne mérite pas qu’on y mette toutes nos attentions et tous nos soupçons.

Du discours le plus audible émis par les gens, les journalistes, les politiciens ou les intellectuels, il est tout de même étonnant de constater jusqu’à quel point la composante psychosociologique a été mise de côté dans l’explication et la compréhension du phénomène terroriste du XXIe siècle. L’explication psychologique est pourtant tellement simple et évidente : il faut nécessairement être complètement fou pour décider de tuer des gens et se tuer soi-même. Qu’il y ait ou non une composante religieuse dans cette explication ne change rien au fait que c’est la folie qui est le moteur de cet individu qui deviendra un criminel de masse ; la religion, on l’oublie souvent, est elle-même un des phénomènes les plus fondamentaux de la psyché humaine.

Lorsque Les carnets de la folie ont été rédigés, les révolutions arabes avaient à peine commencé, et ce qu’on appelle « l’état islamique » n’existait pas vraiment. Lorsqu’après quelques années j’ai relu mes propres écrits, j’ai été moi-même frappé par la force et la lucidité de cet ouvrage. Car le texte met en scène un homme qui décrit soigneusement ses troubles psychologiques et comment sa folie le porte petit à petit vers la pulsion criminelle consciente et moralement justifiée !

J’ai notamment été frappé que cet ouvrage, bien qu’il soit si court et facile à lire, sonde en réalité des profondeurs tellement ignorées ou mises de côté par nos sociétés et par nos politiques, allant jusqu’à prédire des faits qui se matérialiseront malheureusement dans la réalité :

« Imagine si je m’introduis dans un tribunal, dans ce haut lieu de justice, et que je mette fin à la vie du justicier ! Ça serait comme tuer un prêtre dans son église ou un imam dans sa mosquée. Ça ferait un scandale ! Cela veut dire que ça ferait la une des journaux, et alors, j’aurais la peine maximale. Mais mon but n’est pas de passer le reste de ma vie derrière les barreaux. Mon but est de tuer quelqu’un, c’est aussi simple que ça. »

Ce personnage ne semble pourtant influencé par aucune religion si ce n’est par ses propres démons. Sa folie s’est développée par le regard qu’il porte sur le monde dans lequel il vit. C’est là la thèse la plus dangereuse et la plus difficile à être examinée, voire à être acceptée, par nous aujourd’hui :
Sommes-nous en tant qu’individus, sociétés, journalistes et responsables politiques, les premiers responsables de la multiplication de cette folie ?

C’est bien cette thèse qui est défendue entre les lignes explosives des Carnets de la folie. C’est ce qui peut notamment expliquer le malaise qu’on peut ressentir à la lecture d’un tel texte, car personne ne veut accepter qu’il soit lui-même indirectement un criminel ou le complice de la folie terroriste.
Il y a quelques années, seulement une vingtaine de copies ont été distribuées de ce texte. Bien que presque tous l’ont lu, les commentaires ont été très rares, pour ne pas dire très timides. Sinon, il y en a qui y ont vu la folie de l’auteur tout en restant bien évidemment muets à propos de leur positionnement par rapport au personnage obscur mis en scène par le texte.

Toutes ces raisons m’ont poussé à vouloir publier cet ouvrage. J’ai tenu par contre, avant de le soumettre au jugement du public, à lui rédiger une introduction, tout en laissant le texte original intouché. Cette introduction, très brève et très dense, a pour but de présenter le livre dans sa visée psychologique et philosophique. Mais elle ne peut elle-même être entièrement déchiffrée qu’à sa relecture après la lecture du texte lui-même. Elle est disponible gratuitement en ligne sur le site de l’éditeur, en cliquant sur « aperçu ».

Les carnets de la folie
Cliquer pour lire l’introduction
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