Nadim M.

Doktor K.

2/10. Le travail et la transformation de la vie

Translated from English

Temps de lecture : 5 min.

Plus nous pensons à ce mot « travail », plus nous découvrons que sa définition tend à se rapprocher de la réalité même de la vie. Il est évident que la vie ne peut être préservée sans travail. Mais si le travail ne visait qu’à préserver la vie, nous n’observerions probablement pas autant de transformations dans la façon dont nous et les autres animaux faisons les choses, c’est-à-dire dans notre façon de vivre, ici synonyme de « notre façon de travailler ». Expliquons un peu plus.

Par exemple, pensez aux premiers nids construits par les oiseaux, ou aux premières toiles tissées par les araignées, et à la façon dont ils ont transformé leur vie, mais pensez également aux procédés très variés que différentes espèces adoptent, ou à la différence des procédés utilisés par une espèce contemporaine et les procédés suivis par ses ancêtres. Nous pouvons également penser à la transformation, au fil du temps, des techniques de chasse chez de nombreux mammifères, y compris nous-mêmes. Après avoir réfléchi à quelques exemples montrant le changement dans la façon avec laquelle nous accomplissons certaines tâches, c’est-à-dire la façon avec laquelle nous travaillons, nous en arrivons rapidement à la conclusion que le travail ne vise pas seulement à préserver la vie, mais aussi à la transformer. Cette transformation de la vie par le travail est inhérente à toutes les espèces. C’est une idée totalement fausse de penser que les singes ou les vaches vivent de la même manière aujourd’hui qu’ils vivaient il y a des millions d’années. Cette idée est uniquement due à notre perception d’êtres humains qui fait qu’on se concentre généralement sur les changements que nous produisons dans notre mode de vie, et nous oublions systématiquement que nous sommes moins différents des vaches ou des rats que ce que nous pensons. Bien qu’il soit probablement vrai de dire que le travail en tant que transformation de la vie puisse être plus facilement observé chez les hominoïdes en général.

Quand quelqu’un fabrique un outil par exemple, est-ce nécessaire pour préserver la vie ? Cela peut-il être considéré comme du travail ? Supposons que la réponse à la première question soit « non » et que la vie puisse être préservée sans ce nouvel outil. L’inutilité est-elle alors un argument suffisant pour dire que produire un outil n’est pas considéré comme du travail ? Au contraire, on pourrait dire que la vie a tendance à être non seulement préservée, mais aussi transformée ; et cette transformation vient du fait que le travail est programmé dans la vie elle-même, dans les êtres vivants, en tant que composante essentielle de celle-ci. Si la vie et le travail consistaient simplement à préserver la vie, alors nous ne verrions aucun changement possible dans une espèce, et nous n’aurions même pas vu différentes espèces sur Terre, car la première bactérie serait simplement restée une bactérie ; ou même si nous supposons que les différentes espèces vivantes ont existé telles quelles sans aucune évolution les unes des autres, alors chaque espèce aurait préservé sa vie par la reproduction et la nourriture sans aucune transformation. Il est évident que ce qui s’est passé n’est pas seulement une préservation de la vie par le travail consistant à trouver de la nourriture et la construction d’abris, mais également une transformation de la vie par le travail de la création.

À ce stade, nous pourrions nous poser la question suivante : quel travail est le plus important ? Celui de préserver la vie ou celui de transformer la vie ?
Une réponse peut être la suivante : nous ne pouvons pas concevoir un nouvel outil si nous n’avons pas d’abri et si nous courons le risque de mourir de faim ou d’être mangé par un prédateur qui s’emploie à préserver sa vie. Dans cette perspective, il semble que le travail de préservation de la vie soit plus important que celui de la transformation de la vie. Mais lorsque l’environnement change, lorsqu’il fait plus chaud ou plus froid, lorsque les écosystèmes changent (le changement perpétuel étant propre à la nature), transformer la vie devient synonyme de la préserver. Si la vie n’est pas transformée par la créativité du travail, elle est simplement condamnée à ne pas être préservée et à disparaître. Cela montre à quel point la préservation de la vie et sa transformation vont de pair.

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